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Alors que les milliards pleuvent dans le secteur, la Ville de Sherbrooke et la région de l’Estrie entendent se positionner comme un acteur majeur dans le domaine de la défense et de la sécurité. La mairesse Marie-Claude Bibeau et son équipe ont dévoilé jeudi matin les grandes lignes de la stratégie DEFSEC Sherbrooke, qui vise à favoriser la croissance de ce secteur dans l’économie locale, mais aussi à sécuriser des « infrastructures économiques critiques ».

Tenant en une centaine de pages, la stratégie DEFSEC se lit à la fois comme un guide pour aider les PME de la région à avoir accès au lucratif marché de la défense et de la cybersécurité, mais aussi comme un plaidoyer pour créer un environnement favorable à la croissance et à l’investissement dans le domaine.

Derrière la DEFSEC se cache donc une stratégie économique, mais aussi un plaidoyer pour la sécurisation du territoire, aux dires de Stephen Cabana, qui a dirigé la rédaction de l’ouvrage. « Si on veut attirer des entreprises, on doit démontrer que nos infrastructures critiques sont ou seront sécurisées », explique le directeur adjoint au service de développement économique de la Ville de Sherbrooke.

À l’heure de la guerre hybride, Sherbrooke et ses secteurs de pointe, notamment le domaine quantique, ne sont d’ailleurs pas à l’abri d’attaques de groupes para-étatiques. « On a une zone d’innovation bien remplie de secrets industriels, un aéroport, des barrages, notre propre réseau de distribution d’électricité, des usines d’eau potable… Si on n’est pas capables de sécuriser nos infrastructures et nos secrets industriels, nos efforts pour attirer des investissements ne serviront à rien », prévient M. Cabana.

Le dévoilement de la stratégie DEFSEC s’inscrit dans la foulée de la nouvelle stratégie industrielle de défense du Canada, dévoilée le mois dernier, mais aussi de l’accession du pays au processus de financement de la défense européen SAFE, dont la valeur est estimée à plusieurs milliards d’euros.

La DEFSEC veut aider les entreprises de la région à mieux comprendre le processus d’approvisionnement canadien, mais surtout à avoir accès au marché international. « On vise le marché de l’OTAN principalement, mais aussi d’autres alliés du Canada, comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Corée du Sud », détaille Stephen Cabana, qui estime qu’une trentaine d’entreprises de la région travaille déjà, de près ou de loin, dans le secteur de la défense et de la sécurité.

Plusieurs d’entre elles ont d’ailleurs déjà tissé des liens avec des partenaires des pays baltes, qui sont souvent la cible de sabotages informatiques de la part de leur voisin russe.

Des actions concrètes

La stratégie DEFSEC ne compte pas pour l’instant d’investissements chiffrés, mais propose des actions concrètes, comme la mise en disponibilité de terrains capables d’accueillir des industries manufacturières lourdes. Une première zone de 115 000 m2, soit près de 1,2 million de pieds carrés, est notamment ciblée. La stratégie entend également participer au développement des environs de l’aéroport de Sherbrooke, situé loin des zones habitées et actuellement peu utilisé.

« Ces caractéristiques en font un espace particulièrement propice à l’aménagement d’infrastructures spécialisées nécessitant un haut degré de contrôle, de sécurité et de confinement des activités », peut-on lire dans le document préparé de concert par la Ville de Sherbrooke, Entreprendre Sherbrooke, la Maison régionale de l’industrie, la Chambre de commerce et d’industrie de Sherbrooke et la Zone d’innovation quantique Distriq.

Sur le plan fiscal, la DEFSEC prône également la création d’un crédit de taxes foncières afin d’attirer les entreprises et d’ « accélérer l’implantation de projets sensibles nécessitant des infrastructures spécialisées, des capacités logistiques importantes et des investissements technologiques de grande ampleur ».

Sherbrooke et l’Estrie ne sont pas les seules au Québec à vouloir attirer les investissements en défense. En plus des grands centres comme Montréal et Québec, Saint-Jean-sur-Richelieu, en Montérégie, est également à mettre en place une zone d’innovation ainsi qu’une unité mixte de recherche spécialisée en sécurité et en défense.

« Je préfère parler de “coopétiteurs” que de compétiteurs, fait toutefois valoir Stephen Cabana. On a des créneaux différents, mais on veut tous saisir les occasions économiques, parce qu’on a le même un objectif de participer à la prospérité de notre communauté. Quand on court après le même investisseur, on se retrouve à être des concurrents, mais on coopère aussi de temps à autre. Si l’un d’entre nous a du succès, tant mieux, parce que ça permettra au Québec de se positionner favorablement pour avoir sa juste part de la stratégie industrielle nationale. »

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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